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Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes
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 Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes


Je suis arrivé à Zagreb le : 04/01/2015 J'ai posté un total de : 86 kunas en banque. On me dit que : Jamie Clayton donc j'ai : 26 ans La classe hein ! Côté cœur je suis : Célibataire


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MessageSujet: Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes   Jeu 14 Juin - 1:05


Harmony  Jenkins
Don't be afraid to be yourself. If they can't accept you for who you are, they don't deserve you


Passes ta souris sur la dernière image !


Que pensez vous de Mila Nola ? Et Goran Horvat ? : J’admire le travail de Mila et j’espère un jour avoir l’occasion de travailler avec elle. Quant à Goran, j’espère n’avoir jamais à croiser sa route. Il me rappelle mon père et j'exècre ce genre de personne.
Quelle est votre position sur la cause LGTB+ ? J’en suis une représentante et une fervente défenseuse. J’ai passé des années à me mentir, trop pour accepter encore de vivre cachée. Je suis fière de qui je suis et j’aimerais que tous puissent l’être.
pourquoi êtes-vous à zagreb et comment êtes-vous arrivés là ? Je suis venue une première fois à Zagreb en vacances, invitée par une amie originaire de là que j’avais rencontré à la fac. J’y ai finalement passé un an en échange universitaire et, tombée sous le charme de la ville et du pays, je m’y suis définitivement installée il y a de ça bientôt 2 ans.
dans quel groupe souhaiteriez vous être et pourquoi ? Les militants, parce que je me battrais jusqu’à mon dernier souffle pour que les personnes LBGT+ puissent vivre librement et en sécurité.
quel est votre avis sur les différents groupes (militant, neutre, ignorant, opposant) ? Je soutiens pleinement mes camarades militants et respecte les choix des neutres. Il n’est pas forcément facile de clamer et défendre ses opinions haut et fort, et supporter les conséquences. Quand j’ai le temps et l’énergie, je n’ai pas de souci à éduquer les ignorants et leur ouvrir les yeux à nos combats. Quant aux opposants… Je ne comprendrais jamais leur haine. Nous désirons des droits, être reconnu pour ce que nous sommes et pour cela, ils veulent nous détruire. Même après toutes ses années, leurs mots continuent de me blesser profondément. Mais je ne baisserai jamais les bras face à eux.
A Zagreb, 9 habitants sur 10 se déclarent catholiques. Quelle est donc votre confession ? En avez vous une? Quel est votre point de vue sur la religion? J’ai été élevée par des parents chrétiens rigoristes, et baptisée peu après ma naissance mais je n’ai jamais vraiment eu la foi, j’allais à la messe parce que nos parents ne nous laissaient pas le choix. Après mon coming-out et mon départ de la maison, j’ai rarement remis les pieds dans une église. Dieu m’a toujours semblé une figure lointaine, et bien que j’ai du mal avec le christianisme du fait de l’aspect très négatif que j’en ai connu, je considère la foi comme quelque chose de personnel et propre à chacun. Libre à chacun de la vivre et de l’exercer comme il le souhaite, dans le respect des croyances ou non-croyance des autres.


Informations générales


Nom Jenkins. Je le déteste parce que c’est celui de mon père. J’y tiens parce qu’il me lie à Max et Lazare, au-delà des distances. Prénom Harmony. Simple, poétique. Rompant autant que possible avec ceux qui m’avaient été donnés à la naissance  Date de naissance 27  novembre 1992 Age 25  ans Nationalité Américaine Origines Née au Texas, Etats-Unis Orientation sexuelle Bisexuelle Statut Célibataire Métier ou études Journaliste Zone du travail Trešnjevka Quartier de résidence Trešnjevka Statut financier Classe moyenne

Caractère & Particularités

J’ai longtemps essayer de plaire à mes parents, suivre le rang, être le petit garçon parfait qu’ils voulaient. Rien de vraiment bon n’est ressorti de toutes ses années où je croyais pouvoir obtenir leur amour et leur fierté en faisant des efforts. Voilà dix ans que je vis réellement pour moi. Ca n’a pas été facile mais j’ai appris à faire sonner ma voix et affirmer mes opinions. Après avoir fait souffrir mes camarades, je me suis rangée du côté des plus faibles pour être leur voix et leur bouclier. J’ai fini par détester la violence, surtout gratuite, cette violence que j’avais porté, et que j’ai ensuite subie. Il m’arrive d’être virulente dans mes propos, surtout pour défendre mes proches, même si je trouve souvent plus amusant de réussir à garder mon calme face à des cons bornés qui s’échauffent tous seuls. Et tout en étant réticente à frapper, je n’ai plus jamais laissé quelqu’un porter la main sur moi.
J’aime faire de nouvelles rencontres, discuter pendant des heures avec des personnes dont je viens de faire la connaissance. Je suis rarement chez moi, préférant l’ambiance chaleureuse et enjouée des cafés pour rédiger mes articles, et aimant traîner dans des bars le soir ou me promener au clair de lune. J’apprécie cependant aussi les soirées passées pelotonner dans un plaid, à lire un bon livre ou regarder un film en sirotant un chocolat chaud.
J’ai commencé à apprendre le croate avec une amie dont c’était la langue maternelle, il y a de cela un peu plus de 6 ans. M’étant exercé fréquemment tout au long de ses années, j’ai acquis une grammaire correcte mais mon accent américain se fait encore souvent sentir et il n’est pas rare que l’anglais, notamment quand je suis énervée, me vienne plus naturellement. Je parle aussi allemand et j’ai quelques connaissances en français et italien.

Je mesure 1m82, une taille qui m’a longtemps fait complexer mais j’ai appris à faire avec. J’ai une silhouette athlétique que j’entretiens en courant et en allant à la piscine. Par endroits, ma peau porte encore la marque des sévices que mon père m’a fait subir. Et malgré une longue rééducation, je garde des séquelles de mon passage à tabac à la fin du lycée : un côté droit du visage légèrement moins réactif que le gauche, qui se remarque surtout quand je souris, et une motricité moindre dans le bras et la jambe, se faisant ressentir surtout quand je force trop mais qui ne m’empêche pas de pratiquer une activité sportive.




Ft Jamie Clayton

Pseudo Nagylan Age 22 ans Comment es-tu arrivé ici ? J’étais sur l’ancienne version, que j’avais découvert sur Top-rpg Ton avis sur le forum ? J’adore le nouveau design et les nouveaux groupes Veux-tu voir la "partie câline" ? Uiiii    





Dernière édition par Harmony Jenkins le Jeu 14 Juin - 1:14, édité 1 fois
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Je suis arrivé à Zagreb le : 04/01/2015 J'ai posté un total de : 86 kunas en banque. On me dit que : Jamie Clayton donc j'ai : 26 ans La classe hein ! Côté cœur je suis : Célibataire


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MessageSujet: Re: Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes   Jeu 14 Juin - 1:13

(je vous conseille de lire la partie "Caractère et particularité" après l'histoire parce qu'il y a genre un mini spoil)


Tragédie texane
“I try so har and it still isn’t enough”



[TW : violence, insultes et comportements lgbtphobes, pensées suicidaires, alcoolisme]

ACTE I : ENFANCE

Dans la famille Parfaite, je demande le père : Jeremiah Jenkins. Grand, costaud, des cheveux poivre et sel soigneusement coiffés. Un homme sévère, d'apparence très attaché aux principes religieux qu'on lui a inculqué, régnant d'une main de fer sur son entreprise et sa famille. Un salopard hypocrite, machiste et raciste qui n'hésitait pas à culbuter sa secrétaire et qui prenait plaisir à punir ses enfants.
Je demande ensuite la mère, Rosaline. Toujours impeccablement vêtue et coiffée, femme au foyer priant tous les jours, et cultivant avec soin les fleurs de son jardin, et fermant les yeux sur toutes les incartades de son mari. Une horrible bonne femme qui n'a jamais fait le moindre geste pour ses enfants alors qu'elle savait comment son époux leur apprenait les bonnes manières.
Puis viennent les 10 enfants. Tous blond/châtain aux yeux clairs, bien portants, intelligents, sportifs. De parfaits petits spécimens de bonne famille comme le voulaient leurs parents. Enfin, parfaits en apparence. Tout n'est qu'apparence dans cette famille.
En premier vient Jeremiah Jr (j'ai jamais compris ce désir narcissique de donner son propre prénom à son enfant) suivi par Margareth, Zachariah et Dorothy, Catherine, Meredith, Nathaniel, Maximilian, Barthélémy et Lazare. Je vous laisse maintenant tourner la roue magique pour deviner lequel de ces gamins j'étais. Et la bonne réponse est... le numéro 9. Barthélémy Atticus Lawrence Jenkins. Bart ou Barty pour à peu près tout le monde en dehors de Jeremiah et Rosaline (oui, j'ai un peu de mal à les appeler « Papa » et « Maman » De toute façon, c'était « Père » et « Mère » avec eux. Ca a fini par être juste leurs prénoms dans ma bouche et celle de Max) Chez Max, Bart est devenu Lem' au fil des années, et de mon côté, Max a cédé la place à Mil. Des surnoms rien qu'entre nous deux. On a que dix mois d’écart tous les deux, et on a quasiment grandi comme des jumeaux, dormant dans la même chambre, nous retrouvant souvent dans la même classe. Il a été mon confident, mon meilleur ami, mon plus fervent soutien.
J'ai jamais aimé mon prénom. Comme si c'était pas moi, vu qu'on me l'avait collé sans me demander mon avis, sans savoir si j'en voulais. Et mes parents étaient trop aveugles pour voir qu'il ne m'allait pas du tout. C'est peut-être pour ça Harmony. Parce que j'étais moi, que ce prénom se moulait parfaitement à celle que j'étais. Parce que pour la première fois de ma vie, j'étais en harmonie avec moi-même. J’ai pas tenu à en avoir plus d’un. Il se suffisait à lui-même et je voulais me détacher autant que possible des racines familiales.

- Alors mon chéri, qu'est-ce que tu veux faire quand tu seras plus grand ?
- Je veux être une princesse, réponds-je avec toute la conviction de l'enfant de 5 ans que je suis. Avec une baguette magique et des souliers roses
Regards outrés de ma tante et ma mère. La remontrance sur un ton sec ne se fait pas attendre :
- Ne raconte pas de bêtises Barthélémy. Les garçons ne portent pas de souliers roses et ne deviennent pas des princesses
Je me recroqueville en tremblant sous son regard. Tante Elizabeth partie, mon père me traîne jusqu'à son bureau et m'oblige à retirer mon pantalon avant d'abattre sur mes fesses sa ceinture en me sermonnant. Les premiers coups m'arrachent un cri mais je me mords les lèvres pour les retenir, en même temps que mes pleurs. Les garçons ne pleurent pas.
Je ne laisse couler mes larmes que bien plus tard, alors que tout le monde dort. Elles mouillent abondamment mon oreiller alors que j'essaie de ne pas faire de bruit. Mais Max n'a pas besoin de m'entendre pour savoir que je vais mal. Il vient se glisser sous ma couette, me prend dans ses bras, dépose un bisou sur ma tempe et me murmure :
- On s'en fiche de ce que disent les adultes. Tu peux être une princesse si tu veux Barty, ma princesse. Et quand on sera grand, je t'offrirais les plus belles chaussures de princesse qui existent.
Je referme mes bras autour de lui, le serre fort et m'endors, le visage niché dans le creux du cou de mon frère.


C’est pas facile d’avoir 8 aînés. T’es pas pire qu’eux mais pas forcément meilleur, mais tes parents attendent de toi la même excellence qu’eux. On s’est jamais vraiment aimé eux et moi. Je suppose que dans une famille normale, les grands jouent avec les plus jeunes, s’occupent d’eux quand les parents ne peuvent pas. Nous, on a eu des nourrices. Puis il y avait cette espèce de règle tacite du plus fort. Ils étaient tous contents que des plus jeunes prennent à leur place les coups de notre père, qu’il y ait quelqu’un sur qui rejeter la faute quand quelque chose n’allait pas. Je suppose que ça a commencé avec Jeremiah quand Maggie ou Zach est né et ils ont tous suivi le mouvement. Sauf Max. Il n’a jamais laissé notre père me frapper si c’est lui qui était coupable. C’est plutôt l’inverse qui s’est souvent produit. C’est lui qui supportait les conséquences des bêtises que nous faisions parfois. Il m’a toujours protégé, autant qu’il le pouvait. Je m’en rendais pas toujours compte à l’époque et j’avais parfois l’impression qu’il m’étouffait, à faire autant attention à moi. Mais je ne le lâchais jamais. Il n’y a qu’à lui que je pouvais tout dire, et il était le compagnon de tous mes jeux.

ACTE II : HURTWOOD HALL

Mon collège... Si je pouvais, il y a des fois où j'aimerais effacer ces quatre années, les horreurs que j'ai faites, que j'ai dit. J'ai été un petit con. J'ai voulu rentrer dans le moule, rendre mes parents fiers. Malgré tout ce que j'avais subi de leur part, je voulais rien qu'une fois qu'ils me félicitent. C'est pas facile d'être le neuvième enfant. Surtout quand tes aînés sont aussi brillants, tes parents n'attendent rien de moins que l'excellence de ta part. Et en même temps, malgré la présence de Nathaniel qui se faisait un plaisir de nous humilier Max et moi, j'étais pour la première fois loin de la maison. Je restais un Jenkins mais je n'étais plus le petit Bart. Ici, mon nom courait sur les lèvres. Nous étions précédés par la réputation de nos aînés, de plusieurs générations de Jenkins avant nous. Ici, ce nom nous désignait comme des garçons influents, de ceux qu'il vaut mieux avoir dans ton entourage. Les deux premières années, on est restés Max et Bart. Bart et Max. Deux faces d’une même pièce, les frangins Jenkins, dormant dans la même chambre. J’imaginais pas une scolarité sans lui mais j’ai lentement commencé à m'émanciper parce que je croyais que c'est ce que je devais faire. Il avait toujours été derrière moi pour me pousser, devant moi pour me protéger. J’ai cru devoir faire mes preuves. Les deux premières années, ses amis ont été les miens, des gars de son équipe de basket surtout. C’est l’une des seules choses sur lequel je ne l’ai pas suivi : le sport. C’est l’athlétisme qui m’a enflammé. Quand je courais, j’avais l’impression de laisser derrière moi le poids qui m’oppressait, je me sentais capable de tout. Puis il y a eu notre rentrée en 4ème. On s’est retrouvé dans deux chambres différentes et ça a été le début des conneries. Je me suis retrouvé avec Michael Walker, avec qui j’avais déjà des cours en communs. Le genre de gars dont Mil’ m’avait tenu éloigné le plus possible depuis notre entrée au collège. Son grand frère traînait avec le nôtre et ils étaient ces types populaires qui s’amusent à rabaisser le reste des élèves, surtout ceux qui ont le malheur de dépasser un peu du moule. Mike a suivi les pas de son frère et je me suis laissé entraîner. Il avait ce charisme naturel, cette conviction, cette façon de me rassurer. A ses côtés, j’avais l’impression d’être le roi du monde, que rien ne pourrait m’atteindre. J’avais tellement envie d’être accepté, d’être vu autrement que comme le frère de Maximilian, de Nathaniel, et de tous les autres, que j’ai saisi toutes les opportunités qu’il me proposait. A l’époque déjà, j’étais terrifié. Parce qu’il y avait ce truc au fond de moi, juste un souffle au départ, qui me disait que je n’étais pas vraiment ce que les autres voyaient. Cette voix me terrifiait parce que l’écouter aurait signifier rejoindre le banc des exclus et cette idée m’était insupportable. Comme je le faisais déjà avec mes parents, j’ai désespérément cherché à m’intégrer, même au prix de la souffrance des autres. J’ai fait tout comme Mike : être excellent en classe ne suffisait pas, il fallait aussi asseoir notre position de rois par la force, en écrasant ceux qui tentaient de s’affranchir des règles.

On l'a acculé contre un casier. Trois contre un, c'est presque trop simple. Surtout quand on compare nos carrures à la sienne. Je n'ai pas encore fêté mes 14 ans mais je dépasse déjà le mètre soixante-dix et ma pratique intensive du sport a développé mes muscles. Il est fin lui, si fin qu'il nage presque dans son uniforme. Je le dévisage, balaie du regard toute sa silhouette déguingandée. Je déteste quand mes yeux font ça. S'attarder un peu trop sur les corps de mes camarades, me poussant à me demander ce que ça fait de se tenir contre eux comme les filles le font avec moi. Dans ces instants, j'aimerais les arracher mes yeux. Je me force à me concentrer sur notre victime du jour. Eliott Fabray. Pas assez musclé, trop effeminé, trop bizarre pour le monde impitoyable de ce pensionnat. J'ai mal à l'idée de ce qu'on va lui faire. Une boule de mal-être qui gonfle dans mon abdomen, rétrecissant l'espace vital déjà minuscule de la petite fille. Je la hais elle-aussi. Je sais pas ce qu'elle fout là, j'aimerais tellement qu'elle dégage. C'est elle qui souffre à chaque fois que je m'en prends à quelqu'un, et sa souffrance devient la mienne. J'ai cru que si j'étais assez ignoble et que je supportais la douleur qu'elle subit, alors elle disparaîtrait, dissoute par le venin de mes paroles. Mais elle reste. Elle s'accroche. Elle et moi sommes tellement liés qu'elle sait ce que je vais faire. Et qu'elle en pleure d'avance. Les mots sont comme un poison, un jet d'acide brûlant qui remonte le long de ma gorge. Alors je les crache le plus fort possible, le plus loin possible, mais j'en garde le goût amer en bouche :
- Tafiole !
Mon pied percute son genou, lui arrachant un petit cri tandis qu'il ploie. Habituellement, je m'écarte après le premier coup, laissant Mike et Liam s'amuser. Pas cette fois. J'en peux plus de la petite fille, du regard de pitié d'Eliott. Putain mec, me regarde pas comme ça. C'est toi qui vas souffrir pas moi. Je suis du bon côté de la barrière, intouchable. Je le frappe. Encore. Et encore. Son visage, le mien et celui de la petite fille se mêlent et à la fin, je ne sais plus trop qui je frappe, quelle image j'essaie d'effacer si violemment. Liam me tire en arrière, en soufflant « ça va, je pense qu'il a compris ». Nous nous éloignons sans un regard en arrière. Je ne peux pas me permettre. Je suis du bon côté.


J’ai déçu Mil’ Je le voyais dans sa façon de me regarder, les rares fois où j’osais soutenir son regard. J’avais honte. De celui que j’étais en train de devenir, exactement sur la trace de ses aînés, de mes actes, de la distance que j’avais mis entre nous. Je ne sais plus exactement quand j’ai commencé à trouver du réconfort dans l’alcool. J’avais treize ans la première fois que j’y ai vraiment goûté. Oh bien sûr, il y avait déjà eu les verres de vin à la maison, durant les réceptions où nous avions le droit d’assister un instant si nous nous comportions à la perfection. Mais cette fois là, Mike avait réussi à nous faire rejoindre un groupe de lycéen qui faisaient une soirée dans les bois, groupe dans lequel se trouvait son frère et le mien. J’ai évité Nath’ autant que possible, surtout après qu’il ait éclaté de rire en me voyant avaler de travers ma première gorgée de whisky. Après ça, Mike a parfois convaincu son frère de nous filer des bières, plus rarement quelque chose de plus fort. Et moi j’ai malheureusement découvert que l’alcool me permettait de tenir. J’avais l’impression que ça me donnait le courage dont je manquais pour être au niveau de Mike, et que ça faisait taire la petite fille. Celle-là, je me souviens plus quand elle est devenue une présence presque tangible, plus seulement le souffle des premiers temps. Elle n’a cessé de grandir au fil des années, peu importe tous les efforts que je faisais pour l’étouffer. Je flippais tellement, qu’un jour elle devienne trop grande pour moi, qu’elle perce ma peau, qu’elle montre à tout le monde qu’elle existait là, tout au fond de moi. A ma place. Elle était moi, j’étais elle. Mais je ne pouvais pas, c’était impensable. L’alcool m’aidait à la faire taire aussi. J’avais mal, tellement mal. Je croyais réussir à apaiser la douleur qui me rongeait en faisant souffrir les autres, en extériorisant la rage qui m’habitait. Mais ça ne marchait pas, ça ne suffisait pas.

- Bart ? Mais qu’est-ce que tu fous ? Lâche-ça
Un sourire niais tord mes lèvres tandis qu’il m’arrache des mains le revolver dont j’avais calé le canon dans ma bouche, avant qu’un rire stupide secoue mes épaules
- Déstresse Mil’, il est pas chargé. J’enlève toujours les balles. Fatigué de vivre mais trop lâche pour mourir, je suis ridicule, hein ?
Je relève mon regard embué par les larmes et l’alcool vers lui. Je dois avoir l’air tellement pathétique. J’ai réussi à garder contenance depuis notre retour à la maison et tout le long de l’interminable repas auquel Rosaline et Jeremiah nous ont traîné, me rattachant à l’idée de ce que je boirais en rentrant. Une fois sûr qu’ils étaient tous couchés, j’ai sorti la bouteille et le pistolet puis commencé le rite morbide auquel je me prête à chacun de nos passages dans cette maison. Rasade de gin puis appui sur la détente, canon braqué sur la tempe. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que la bouteille soit vide. Je sais pas ce que Max fout là ce soir, je pensais qu’il dormait. Ca fait tellement longtemps qu’on a pas partagé la même chambre, ça me fait bizarre de le voir aussi près de moi, avec cet air inquiet sur le visage. Je bats des pieds pour le repousser.
- Dégage Max. Retourne à Hurtwood Hall, va retrouver tes gentils amis basketteurs, te faire sucer par la tarlouze qui te sert de colocataire et lâche-moi. L’autre connard me suffit amplement comme père, j’ai pas besoin d’un deuxième.
Jet d’acide qui me ronge de l’intérieur. La gamine ne pleure pas cette fois. C’est pour ça que je bois autant. Ca l’assomme et elle réagit pas quand je suis cruel et injuste. Je veux que Max me déteste. Comme ça il sera moins triste si un jour j’oublie d’enlever les balles et que je me fais sauter la cervelle.


Il m’a fallu tellement de temps pour arrêter de me comporter comme le dernier des cons avec la gamine en moi, pour enfin écouter ce qu’elle avait à me dire. Et il m’en a fallu encore un petit peu plus pour oser refaire un pas vers Max. J’avais peur de sa réaction. Peur qu’il ne veuille plus de moi après ce que j’avais fait ces deux dernières années, peur qu’il me rejette. Je crois que j’aurais pu supporter n’importe quoi mais pas de briser définitivement le lien qui nous liait depuis l’enfance.

Tu attends. Y'a pas de jugement dans tes yeux, juste un amour profond, sincère. Et je sais pas comment j'ai pu douter un instant que ce que je suis, ce que je m'apprête à te dire, pourrait changer quoi que ce soit à l'amour que tu me portes depuis qu'on est gamins. C'est moi qui me suis éloignée ces dernières années pas toi. Moi qui ait une répartie à toute épreuve habituellement, je cherche mes mots qui trébuchent dans ma tête, s'entremêlent. Je pointe un doigt sur ma poitrine :
- Y'a.. y'a une gamine là Mil' Une gamine qui a peur de sortir parce qu'elle sait que j'ai fais du mal aux gens comme elle, qui sortent de la norme. Je la comprends cette gamine. A sa place, moi aussi j'aimerais rester planqué. Mais c'est douloureux. De se taire, d'essayer de brider ce qui bouillonne au fond de soi. Je..je crois...
Je sens les larmes poindre. Bordel, j'ai 15 ans. On pleure pas à cet âge là. Mais j'ai peur. Tellement peur. Pas de ta réaction. De celle des autres. Si je laisse les mots franchir mes lèvres, alors je laisserais la gamine sortir. Elle cessera de se terrer au fond de mon ventre et les autres finiront forcément par la remarquer. Et ils ne seront pas gentils avec elle. Parce que c'est comme ça que ça fonctionne ici. J'ai peur de franchir la barrière, de me retrouver du côté de ceux qu'on brime, opprime. Je prends une profonde inspiration, essuie mes larmes avant d'articuler :
- Ce...Cette gamine c'est moi Mil' Ton petit frère est vraiment un triple idiot. Mais tu crois que ta petite sœur aurait le droit à une seconde chance ?
C'est étrange de parler de moi au féminin à haute voix. Ca m'est déjà arrivé que des pensées de ce genre se fraient un chemin dans mon esprit mais je les étouffais aussi vite que possible. Petite sœur. Je savoure ces deux mots, les fais rouler sur ma langue encore et encore. Tellement doux, comme un cocon autour de la petite fille, après des années d'acide et de lave brûlante. J'ai senti un énorme soupir de soulagement envelopper mon cœur et le soulever quand tes bras se sont refermés autour de moi, et que tu m'as serré à m'en étouffer.


Ce soir là, comme une réponse à la confidence que je venais de lui faire, Mil’ m’as entraîné hors du pensionnat, à travers les rues de la ville. On a rejoint Seth, son colocataire qui incarnait tout mon opposé, le genre de personne que je martyrisais habituellement. Ils m’ont montré les graf’ qu’ils avaient réalisé sur les murs, plein de couleurs, de vie et d’amour. Ce soir là, j’ai découvert un bout de mon frère que je ne connaissais, redécouvert une relation que je croyais avoir gâché à jamais. On a parlé, longtemps. On avait tellement à rattraper. Il y avait comme une flammèche qui s’allumait en moi à chaque fois qu’il m’appelait “frangine”, quelque chose de doux diffusant une agréable chaleur à travers mon corps. Il m’a proposé qu’on se laisse pousser les cheveux. Moi, pour me sentir un peu mieux dans mon corps. Lui pour me soutenir et rembarrer le premier qui oserait faire une remarque. Progressivement, nous sommes redevenus la paire que j’aurais aimé ne jamais briser. Il m’a fallu quelques temps pour trouver un prénom qui me plaise, qui sonnait bien et me faisait me sentir bien. Max l’a tout de suite adopté, et a même trouvé des diminutif pour aller avec. Lem a ainsi céder la place à Mon’ ou Moon, pour Harmony.

Un soir, peu avant les vacances d'été, Max m'a poussé à faire le mur. Ce n'était pas la première fois mais j'ai senti que celle-ci serait différente des autres. Nous n'avons pas rejoint Seth, ni parcouru de nuit les rues de la ville. Max m'a fait monter dans une voiture et m'a dit qu'il m'emmenait en voyage. Nous avons roulé toute la nuit et seul son sourire m'a répondu lorsque je lui ai demandé où nous allions. Quand j'ai ouvert les yeux au petit matin, je pouvais apercevoir au loin l'océan. A un feu rouge, il s'est tourné vers moi et m'as lancé une trousse de maquillage ainsi qu'un sac comportant des vêtements et une paire de chaussures. Roses, couvertes de paillettes. Des souliers de princesse comme j'en rêvais il y a des années, ceux qu'il avait promis de m'offrir un jour. J'ai contemplé avec émotion le reste des vêtements, me demandant si j'oserais sortir en les portant. Être Harmony à l'air libre, aux yeux des autres. Je ne sais pas si les tremblements qui parcouraient mon corps étaient dû à la peur ou à l'excitation. Peut-être un peu des deux. Je me suis changé comme je pouvais dans la voiture après que Max l'ait arrêté sur un parking. Ca m'a pris du temps, n'ayant pas l'habitude de me maquiller, mais j'ai fini par réussir à me mettre un peu de couleur sur les paupières et les lèvres.
Marche des Fiertés, 27 juin 2008. L’une des plus belles journées de ma vie. Je n’avais pas l’impression d’être bizarre ou en décalage. J’ai croisé plein de filles comme moi avec qui j’ai pu un peu échanger, des gens qui m’ont demandé mes pronoms avant de débuter une conversation et m’ont donné les leurs naturellement, de la joie et de la bonne humeur à m’en faire tourner la tête. J’étais tellement heureuse, tellement moi pour la première fois depuis si longtemps, que j’avais l’impression que mon coeur allait éclater. Le retour à la dure réalité de la maison familiale a été d’autant plus dur. Le costume de Barthélémy avait toujours été trop petit, mal taillé pour moi. Mais là, après deux journées passées loin de mon quotidien étouffant, à être pleinement Harmony et personne d’autre, j’avais l’impression que Bart m’étouffait. J’ai jamais réussi à redevenir lui. Soutenue par Max, j’ai passé les deux mois d’été à affronter nos parents pour obtenir un traitement hormonal et la possibilité d’entrer en première dans un autre lycée, en tant qu’Harmony.

ACTE III : WOODLAKE, WYOMING

J’inspire profondément avant de toquer à la porte du bureau. Un “oui” sec me répond et je pousse le battant, avant de franchir le seuil de la pièce. Je la fuis autant que possible depuis mon retour, repoussant ce moment que je sais inévitable. Mon père ne connaît qu’un seul langage. Il se fiche bien de tous mes arguments, je dois me montrer juste plus forte que lui. Il ne lève même pas les yeux vers moi, attendant que je lui expose la raison de ma venue ici. Nous savons aussi bien l’un que l’autre à quel point je hais cette pièce, témoin des punitions de mon père. Je pose sèchement devant lui l’une de mes ceintures, en cuir et assez fine. Nos regards se croisent lorsqu’il relève la tête, le sien interrogateur, le mien déterminé. Je contiens de mon mieux les battements de mon coeur pour réussir à articuler d’une voix claire :
- 20 coups. Je ne pleure pas, je ne crie pas. 20 coups et tu me laisses partir, avec mon traitement, et le changement de prénom dans un nouveau lycée.
- 30, est sa seule réponse.
Nous nous jaugeons mutuellement quelques instants, testant l’autre. A contre coeur, je détourne le regard en premier, et tourne le dos à mon père en retirant mon t-shirt. 30 coups. Il n’y en a jamais eu autant et le connaissant, il va y mettre toute sa force. Il me faut toute ma concentration pour me retenir de trembler. Je n’ai pas le droit de flancher, pas maintenant. Il n’attend que ça, de me voir chuter, le supplier. Je dois rester forte, implacable. Je me mords les lèvres quand la ceinture s’abat une première fois dans mon dos. Ça fait longtemps, j’avais presque oublié ce que cela faisait. Je ne sais comment, j’arrive à rester droite, supportant des coups qu’il m’inflige, refluant au fond de moi pour ne pas sentir la douleur. Et puis soudain, plus rien. Je fais de nouveau face à mon géniteur, mon regard froid faisant face à la rage dans les siens. Je n’avais remarqué à quel point il avait vieilli et à quel point j’avais grandi. Des gouttes de sueur perlent sur son front et il semble peiner à reprendre son souffle. Il finit par prononcer, d’une voix chargée de haine :
- Va-t-en si c’est que tu veux, et je ne remets jamais les pieds dans cette maison. Je refuse d’abriter une monstruosité comme toi. Ne te fais pas d’illusion Barthélémy : quel que soit les produits que tu vas prendre, la façon dont tu charcuteras ton corps, tu ne seras jamais une femme.
En un autre temps, un autre lieu, ses paroles m’auraient peut-être blessé. Mais j’ai arrêté d’attendre quoi que ce soit de mes parents. Sans sourciller, je repousse le vieil homme vers son bureau et répond :
- Je me fiche de ce que tu peux penser Jeremiah. Tu n’es qu’un vieux sénile qui croit pouvoir diriger ses enfants comme des marionnettes. Tu as raté ton coup avec les derniers visiblement.
Je m’apprête à repartir mais me retourne au dernier moment sur le seuil de la porte :
- Oh bien sûr, le fait est que tu vas te retrouver sans défouloir. Max bien sûr est capable de se défendre face à toi. Quant à Lazare et bien… Je te jure que si j’apprends que tu as levé la main sur lui, rien qu’une fois, je reviendrais te détruire. Tu brigues le poste de maire, non ? Je pense que tes futurs électeurs ne seraient pas très ravis de savoir avec qui tu passes tes soirées. Et je t’assure que je n’aurais aucun scrupule à tout dévoiler s’il te venait l’envie de frapper Lazare.
Sans un regard en arrière, je quitte la pièce, le corps meurtri mais le coeur un peu plus léger.


J’ai emménagé chez mon parrain en août, dans une petite ville du Wyoming. On avait beau se parler tous les jours par Skype ou téléphone, ça a été dur de me retrouver aussi loin de Max pour la première fois de ma vie. J’avais l’impression qu’il me manquait une partie de moi, encore plus qu’à l’époque où j’avais arrêté de lui parler. Les premiers temps, je sortais peu, n’osant pas m’aventurer au dehors sans savoir comment je serais perçue. Heureusement, Richard avait une grande maison et suffisamment de livres pour m’occuper. Il m’a fallu presque trois mois pour avoir suffisamment confiance en mon passing pour faire ma rentrée au lycée du coin. J’étais heureuse d’avoir laissé mes cheveux pousser depuis près de dix mois, et le maquillage et les vêtements m’aidaient un peu à oublier ma mâchoire que je trouvais trop carrée, ma silhouette athlétique, ma grande taille. Le premier jour, je tremblais pourtant de tout mon corps, j’avais l’impression que tout était écrit en gros sur mon front. Mais les choses se sont bien passées. Je n’ai pas fait beaucoup plus sensation que n’importe quelle nouvelle arrivante dans cette petite bourgade, peut-être un peu plus à cause de ma rentrée tardive. Je me suis rapidement fait une place au milieu de mes camarades, découvrant la joie d’être appréciée pour moi-même et non pas à cause de mon nom de famille. Sur les conseils de Richard, je suis allée me renseigner un peu sur les clubs du lycée et j’ai fini par intégrer le journal. J’aurais aimé aussi rejoindre l’équipe d’athlétisme mais dans ma condition, ça aurait sûrement été compliqué. J’étais dispensée de sport pour les cours et courais de mon côté plusieurs fois par semaine pour compenser. C’est au cours de mes footing que j’ai fait la connaissance de Chad Gallagher. Nous habitions à un bout et l’autre du même quartier chic, et nous nous sommes croisés plusieurs fois la promenade qui le bordait et faisait le tour du lac en contrebas. Je l’avais déjà remarqué au lycée, bien que nous n’ayons qu’un cours ou deux en commun. Il était difficilement ratable : fils d’un des notables de la ville, capitaine de l’équipe de base-ball, élève brillant et populaire. Je m’étais tenu autant que possible éloignée de son groupe, ressemblant trop à celui dont j’avais fait part jusqu’il n’y avait pas si longtemps. Mais Chad s’est révélé bien plus sympa que je ne le croyais. Loin de ses potes et de leurs remarques parfois graveleuses sur les filles, on a peu à peu pris l’habitude de courir ensemble en discutant de tout et de rien. Au lycée, il a commencé à venir me voir, se posant parfois à ma table le midi. Je le soupçonne même d’avoir retenu mon emploi du temps pour me croiser “par hasard” entre deux cours et discuter cinq minutes. Il y a eu des sms échangés jusqu’à tard dans la nuit, des soirées passées à danser ensemble. Puis ce baiser, devant le portillon du jardin, alors qu’il avait pris l’habitude de me raccompagner quand nous restions tard au lycée, lui pour les entraînements, moi pour le journal. Encore aujourd’hui, je ne sais pas si j’étais vraiment amoureuse de Chad ou si j’aimais l’image qu’il me renvoyait. Pendant des années, et malgré ce que j’avais ressenti pour quelques garçons, c’est mon attirance pour les filles qui m’avait permis de me convaincre que j’étais “normal” Après m’être rendue compte que j’étais moi-même une fille, j’avais cette peur au ventre constante, qu’on remarque que je ne rentrais pas dans le moule cis et hétéro. Malgré toutes les paroles rassurantes de Max quand je m’ouvrais à lui sur mes inquiétudes, j’aurais été seule pour affronter le regard de mes camarades et j’ai de nouveau essayé de me fondre dans la masse. Je savais que je n’avais pas besoin de ça mais que le garçon le plus populaire du lycée s’intéresse à moi, me faisait me sentir tellement légitime en tant que femme que j’ai cédé. Ce n’était pas désagréable au début. Il était attentionné, attachant, et on parlait facilement de nos lectures, les derniers films que nous avions vu. Ca aurait pu être simple, n’être qu’une fille sortant avec un garçon. Mais il y avait mon corps que je ne le laissais pas toucher autant qu’il aurait voulu, le cantonnant à des baisers approfondis et quelques caresses au-dessus de la ceinture. Et puis il y a eu Laura. Laura et ses immenses sourires, ses joues couvertes de tâches de rousseur, ses doigts tachés de peinture. Elle était la soeur jumelle de Chad et bien que n’étant pas aussi brillante dans les études que son frère, ses parents ne semblaient pas s’en formaliser comme l’auraient fait les miens. Elle était photographe pour le journal du lycée et nous avions déjà eu l’occasion de nous côtoyer. Si Chad me confortait dans ma fémininté et m’apportait une situation stable, Laura enflammait mon coeur. Entre mes visites chez les Gallagher et les après-midi passées à bosser sur le journal, nous avons fini par sympathiser et il m’est arrivé plus d’une fois de passer chez eux pour la voir elle et non plus Chad. Lui et moi avons d’ailleurs rompu peu avant les vacances d’été. Je me sentais mal de continuer à le faire espérer alors que je ressentais de moins en moins d’attirance pour lui, et il n’avait pas l’air d’apprécier de ne pas pouvoir aller plus loin avec moi. Je n’avais jamais réussi à me confier à lui. Il ressemblait trop à la personne que j’avais été pour que je sois rassurée sur la réaction qu’il pourrait avoir. J’ai continué à voir Laura, sortant souvent avec elle pour des promenades sans but précis. On pouvait passer des heures au bord du lac, moi l’écoutant me parler de l’art sous toutes ses formes, d’astronomie ou de n’importe quel autre sujet qui allumait des étoiles sans ses yeux. Avec elle, c’est moi qui ait fait le premier pas, une nuit comme tant d’autres où je dormais chez elle. Le ventre noué par l’angoisse, je lui ai avoué à quel point j’aimais me perdre dans ses yeux, entendre son rire, la façon dont ses sourcils quand elle se concentrait, et à quel point j’avais envie de l’embrasser. Elle a comblé la distance entre nous et posé ses lèvres sur les miennes. J’avais embrassé un tas de filles déjà, mais à l’époque c’était parce que je croyais que c’est ce que je me devais de faire, parce que tous les garçons le faisaient. Là, j’en avais envie depuis des mois. On ne l’a dit à personne. Aucune de nous deux n’était out au lycée et tout en ayant des parents plus cool concernant ses résultats scolaires, elle n’était absolument pas certaine qu’ils acceptent que leur fille soit lesbienne. Notre relation a été tellement différente de ce que j’avais connu jusqu’alors. Elle était faite de baisers volés dans les toilettes, de regards complices dans le réfectoire, d’effleurement lorsqu’on se croisait. Mais aussi de nuits passées dans les bras l’une de l’autre, chez elle ou moi, d’après-midi pelotonnées sous la couette à regarder des films, de sorties au cinéma où nous nous autorisions à nous prendre la main dans l’obscurité de la salle. Comme un écho, je lui ai fait coming-out presque deux ans, jour pour jour, après celui que j’avais fait à Max. Bizarrement, je n’avais pas la même boule au ventre ce jour là que la fois où je lui avais avoué mes sentiments. Peut-être parce que je savais déjà qu’elle accepterait. Des phrases, des réactions, avaient dû s’ancrer en moi et me dire qu’il n’y aurait pas de problèmes avec elle. Elle m’a prise dans ses bras et m’a soufflé que tout allait bien, qu’elle n’allait pas moins m’aimer pour ça.
J’ai vraiment cru que j’arriverais à finir l’année sans problème. Mais les choses ne sont visiblement jamais aussi simples qu’on l’espère. Depuis presque deux ans, je discutais beaucoup sur des forums et sur les réseaux sociaux avec des personnes lgbt+, notamment Thalie, une adolescente trans comme moi qui avait pu commencé sa transition tôt et m’avait beaucoup aidé. Nous échangions très souvent, par mail ou mp, et il m’est arrivé de discuter avec elle via l’un des ordinateurs du lycée. Je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé. Peut-être ai-je oublié de fermer ma session ? Laissé traîner je ne sais quel mot ou affaires qui les a fait se poser des questions ? Qu’importe les raisons, le résultat a été le même. Des rumeurs ont commencé à courir. Au début ce n’était que des bruits de couloirs, mais ça a pris de l’ampleur au fil des semaines, jusqu’à ce que je n’ose plus me balader seule, de peur de ce qu’ils pourraient faire pour vérifier leur théorie. Pour tenir, je comptais les jours avant la fin de l’année. Il en restait si peu. Et puis il y a eu le bal auquel je rêvais de me rendre depuis des mois. Laura et moi nous nous y sommes rendus avec une bande d’amis, nous retenant de nous prendre la main. Jusqu’à ce que le DJ lance un slow. Elle a capté mon regard et un sourire s’est dessiné sur ses lèvres. Elle a attrapé mes mains et nous a entraîné sur la piste de danse. Plus rien n’existait en dehors de son corps contre le mien, de ses cheveux qui chatouillaient mon épaule, de mes mains sur sa peau. On s’est embrassé à en perdre haleine, un sourire immense plaqué sur les lèvres. Ca aurait pu être la meilleure soirée de mon lycée. Ca aurait dû être la meilleure soirée. Mais je suis sortie seule un instant, pendant que Laura allait chercher nos manteaux. Ils m’ont attrapé peu après la sortie et m’ont traîné jusque derrière le gymnase. Il m’a fallu un temps pour les reconnaître. Plusieurs de mes camarades, avec qui j’avais déjà discuté pour la plupart, mangé, ris. Mon regard a croisé celui de Chad qui se tenait en retrait et j’ai senti mon coeur se fendre. Pourquoi fallait-il qu’il prenne part à ça ? Ce n’est pas lui qui a porté le premier coup mais un de ses potes, un de ses abrutis de l’équipe de baseball que je n’avais jamais pu encadrer. Il y a eu leur regard sur mon corps recroquevillé contre le mur, puis leurs mains qui tentaient de retirer mes vêtements, et j’étais trop seule, trop faible. Puis il y a eu les insultes, les blagues graveleuses à destination de Chad, les coups de pied et de poing. J’aurais aimé sombrer dans l’inconscience plus tôt, ne pas sentir la batte rencontrer mon crâne. Je ne sais pas comment j’ai survécu, pourquoi ils n’ont pas fini le travail. Peut-être qu’un prof est arrivé à ce moment là, un couple d’amoureux ? Aujourd’hui encore, je ne sais pas à qui je dois mon salut.

"Qu'est-ce qui te dégoûtait le plus Chad ? Que j'ai un pénis ou que je sois venue au bal de promo avec ta sœur, que je l'ai embrassé devant tout le lycée sans craindre vos regards, vos préjugés, vos stupides esprits étriqués ? Etait-ce trop d'espérer de votre part que vous vous contentiez de ce que je vous donnais ? Je suis une femme. Pourquoi ces mots ne vous suffisent pas ? Vous êtes allé dénicher dans la violence un secret qu'il ne vous appartenait pas de connaître, de dévoiler. Est-ce que tu es fier maintenant ? Est-ce que tu te sens puissant ? Est-ce que savoir que je suis à l'hôpital depuis trois mois, que je suis encore sous intraveineuse et que j'ai du mal à m'exprimer à l'oral te donne le sourire le matin en te levant ? Est-ce que tu arrives encore à te regarder dans une glace ? Parce que moi non.”
J'ai pas encore osé me regarder dans un miroir. Max a beau essayer de me rassurer, je suis pas dupe. Depuis qu'ils ont baissé les doses de morphine, je sens les élancements dans toute ma figure, ma bouche qui refuse de s'ouvrir complètement quand je veux manger, mon champ de vision qui a diminué. Il vient me voir tous les jours, emmenant ses cours qu'il étale sur le lit, se plaignant de ses profs, de la bouffe dégueulasse qu'on me sert. Il reste là, en rempart, quand Rosaline vient, seule ou avec un des autres. J'aime bien quand Lazare accepte de l'accompagner. Un soir, il est resté un instant alors que Rosaline avait déjà quitté la chambre, s'est tourné vers moi et m'a dit que c'était un très joli prénom Harmony, avant de sortir en courant pour rejoindre sa mère. Notre mère techniquement. C'est malheureusement ce qui est écrit sur un tas de papier et qui lui donne bien trop de droit sur moi. Elle continue de m'appeler Barthélémy, espérant retrouver un fils qui n'a jamais vraiment existé autre part que dans sa tête. Elle râle contre le fard sur mes yeux, le rouge sur mes lèvres, les quelques bijoux que j'enfile parfois. Elle refuse de voir la vérité et préfère tous nous enfermer dans son mensonge. Je suis contente que Max soit là Je sais pas si j'aurais la force de l'affronter seule. Je ne peux même pas crier pour la faire taire.


“Arrête de t'en vouloir Max. Tu peux nier autant que tu veux, je sais que c'est le cas. Que tu aurais voulu être là pour me protéger, que tu aimerais retrouver ceux qui m'ont fait ça et leur faire regretter mais ça ne vaut pas le coup. Mon visage ne sera pas moins abîmé, je ne recommencerais pas à parler, rien ne pourra effacer ce qu'il s'est passé. Il faut avancer. Pourtant il y a des jours où j'ai failli te balancer leurs noms, où l'idée qu'ils souffrent autant que je souffrais me donnait une satisfaction qui m'écoeurait rapidement. Mais t'aurais eu des soucis. Et ils n'en valent pas la peine. Qu'est-ce que je ferais sans toi, si tu te retrouvais derrière les barreaux ? Même les dénoncer me semble un défi insurmontable. Ce sont tous des atouts du lycée, des enfants de la ville. Je ne suis que l'étrange fille qui a débarqué l'année dernière. Et c'est ma parole contre la leur. Je ne sais si Laura accepterait de témoigner contre son frère . Et puis il faudrait que je raconte toute l'histoire aux flics, que j'explique pourquoi ils m'ont agressé je suppose, que je sorte mes papiers. Que je n'ai pas encore pu faire changer. Je doute que ma transidentité et ma bisexualité passent très bien auprès de ces messieurs.”

ACTE IV : PRENDRE SON ENVOL

Quand j’ai enfin pu sortir de l’hôpital, je me suis installée dans l’appartement à San Francisco que Max et Seth avaient acquis en location. Mil’ savait que c’était la ville où je rêvais de m’établir pour mes études, étant tombée sous son charme lors de la Pride 2 ans plus tôt. Ma rééducation a été longue et ardue, et j’étais contente qu’il soit là pour me soutenir. Même quand j’ai enfin été en état de sortir seule, il a continué à s’inquiéter pour moi, tout le temps. Seth le taquinait souvent, lui disant de me laisser souffler, que j’étais une grande fille. Et même si certains jours, je saturais un peu et lui aurais bien dit que je savais me débrouiller seule, je ne le faisais jamais. Parce que je pouvais presque voir dans son regard sa peur constante de me perdre et que je ne sais pas ce que j’aurais fait si nos positions avaient été inversées et que c’est lui qui avait fini presque mort sur un lit d’hôpital.
J’ai intégré en septembre 2011 l’université public de San Francisco, pour une double-licence langue/communication. J’ai fait la connaissance de Zorka en deuxième année. D’origine croate, elle m’a fait découvrir son pays pendant les grandes vacances, pays que j’ai tout de suite aimé. J’y ai passé un mois fantastique et j’y suis retourné un an plus tard, pour y réaliser ma première année de master dans le cadre d’un échange universitaire. J’ai passé la deuxième année à San Francisco et une fois mon diplôme de journalisme en poche, j’ai pris la décision de m’installer à Zagreb et de chercher là-bas du travail. Voilà presque deux ans que je vis dans mon studio et 8 mois que je travaille dans un petit journal, le Rainbow News, principalement tourné vers les thématiques LGBT+



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Je suis arrivé à Zagreb le : 03/11/2014 J'ai posté un total de : 298 kunas en banque. On me dit que : Jack O'Connell Je crédite : Bazzart et moi meme donc j'ai : 24 à : Zagreb La classe hein ! Côté cœur je suis : il est parti en éxil avec : le monde


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MessageSujet: Re: Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes   Jeu 14 Juin - 2:02

Rebienvenue a toi. Quelqu'un s'occupera vite de ta fiche <3

EDIT: enfin si elle est terminée, dans ce cas, n'oublie pas de le signaler


“La liberté est dans le geste : écrire. Emprisonnés même, on peut encore écrire sur les murs, faire signe de liberté.”
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Je suis arrivé à Zagreb le : 03/11/2014 J'ai posté un total de : 298 kunas en banque. On me dit que : Jack O'Connell Je crédite : Bazzart et moi meme donc j'ai : 24 à : Zagreb La classe hein ! Côté cœur je suis : il est parti en éxil avec : le monde


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MessageSujet: Re: Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes   Jeu 14 Juin - 14:40

Alooooooors Harmony, j'adore ton perso et j'adore ta fiche. L'histoire est très bien écrite et très prenante, douce et déchirante, elle m'a beaucoup touché. Le perso se tient du début a la fin, bref, j'ai rien a redire, a part, qu'il nous faut un lien :O. Et puis ce choix d'avatar, sense8 c'est tellement LA série qui m'a fait fondre, pleurer rire hurler. xD.

Qui plus est, on en parlera en amont avec le staff, mais j'peux te proposer de mettre en place le journal de ton perso dans le forum, ca pourrait être très intéressant si tu te sens de l'assumer.
Dis moi ce que tu en penses :).


Validé(e) !
✱ Rainbow Community ✱





Félicitations, tu es officiellement validé(e) ! Bienvenue dans la ville de Zagreb, nous espérons que tu te plaises parmi nous. N'hésites pas à checker ton profil pour voir si tu as tout rempli correctement, et nous te donnons quelques petits liens pour ne pas que tu te perdes sur le forum (ça serait dommage) : Tu peux vérifier si ton avatar et ton métier ont bien été recensés ici et ici ; pour le reste de la gérance de ton compte, tu peux retrouver tout ce qu'il te faut à cet endroit. Tu peux fabriquer ta fiche de liens et poster sur celles des autres par ici, et si tu as envie de te trouver un partenaire de RP, visiter les sujets des autres membres pour voir si quelqu'un est disponible.

De plus, le forum fonctionne sur un système de groupe d'intégrations ; chaque administrateur a son propre petit groupe à gérer, tous avec des noms de pâtisseries (pour vous donner faim). Tu fais donc partie du groupe des Cookies, qui est le groupe de Erèbe. Tu peux dès à présent venir discuter et délirer avec les autres membres du groupe sur le flood des COOKIES !

Nous te souhaitons une bonne aventure parmi nous !





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MessageSujet: Re: Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes   

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 Harmony Jenkins (Jamie Clayton) ~ Tragédie texane en 4 actes

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