Cain C. Cobain
Préface
« Invité, vous qui lisez ce journal sans même encore savoir à qui il appartient, heureux que vous êtes, vous ignorez tout de la chance que vous avez. Apprenez, puisque les présentes pages, sachez-le, traiteront uniquement de moi, de ma petite personne et de tous ceux qui me concernent, que vous avez l'immense privilège de tenir entre vos mains sales et impures le carnet de Cain Cesar Cobain. Celui que vous êtes présentement en train de lire en toute indiscrétion, vous attendant à trouver dans ces pages les confidences salaces d'un jeune homme qui naquit un 24 février, lors d'une nuit d'hiver particulièrement glaciale, ce qui me donne présentement vingt ans. Alors parlons de moi, les uns vous diront que je suis snob. Snob, ce mot me répugne quelque peu, ne me correspond pas du tout. Je n’aime pas faire semblant d’être quelqu’un, c’est tout. Eux, ce sont des hypocrites, des lâches et des ignorants, tout comme mon frère. Et là, vous vous dites, il a une frère ? Oh, pauvre petite garçon, avec un frère comme celui-ci. Eh bien, sachez que bien que je l’adorais étant jeune, j’ai coupé les ponts avec lui il y a quelques années déjà, mais cela viendra plus tard. Ah, et ne vous avisez pas de protester, vous devriez déjà vous estimer heureux de me faire perdre mon temps. Vous vous rendez compte, je suis en train de me donner du mal pour vous. Allez-y prosternez-vous pendant que je raconte. »
February 2000
Eight Years Old.
« Cher Journal,
Pour mon anniversaire, Maman m'a offert un cahier et un stylo très beau pour écrire dedans. C'est trop bien, non ? Je vais essayer de lire d'autres journaux intimes de grands auteurs pour voir comment on les écrit. Je vais aller voir dans notre grande bibliothèque avec les beaux sièges en velours rouges. C'est parce que Papa, il est très riche, très très riche même. C’est pour ça qu’il est tout le temps en train de travailler et qu’il n’est jamais à la maison. Mais je ne dois pas me plaindre, parce que comme ça, moi et mon frère on peut avoir tout ce qu’on veut comme jouets ou autres trucs. D’ailleurs les autres enfants, ils sont trop jaloux, je trouve ça très marrant et mon frère aussi. J’adore mon frère, on est toujours ensemble, en même temps on est jumeaux, on est exactement pareil c’est trop drôle. Même que parfois on s’amuse à s’habiller pareil pour énerver les autres et les professeurs, ou encore à échanger nos rôles. Sauf qu’après Maman s’en rend toujours compte et elle se met à soupirer en disant que ce n’est pas bien, mais nous on s’en fout et on continue ! En fait c’est dur d’écrire avec ce stylo, il est très lourd, et ça fait mal aux doigts. Mais Maman m’a dit que plus je m’entrainais, plus je m’y habituerais vite. Tiens je crois que Papa est rentré, ça veut dire que c’est l’heure de manger, donc je te laisse. »
Interlude I
What others thinks of him. Part One.
« Cain est un gentil garçon, très sympathique, quoique légèrement chahuteur. Cette manie que son frère et lui ont de porter une tenue identique, de sorte à ce que je ne puisse pas les différencier l’un de l’autre est extrêmement agaçante. » ▬
d’après la Professeure. « Cain et Abel sont super sympa, en plus ils ont toujours pleins de trucs trop classes à nous montrer, même s’ils ne veulent jamais nous les prêter ! Quels radins ! » ▬
d’après un camarade. « Cain, c’est mon n’amoureux, il est beau et riche, plus tard je me marierai avec lui et on vivra heureux avec pleins d’enfants, comme dans les contes. » ▬
d’après une camarade. « J’adore mes fils, ils sont si mignons, j’aimerais qu’ils s’arrêtent de grandir pour que je puisse les garder auprès de moi aussi longtemps que possible. Même si je sais que ça ne sera pas possible, j’ai l’impression qu’ils gagnent des centimètres et des années à vue d’œil... Mais je me console en me disant qu’ils me feront bien de jolies têtes blondes en petits-enfants. » ▬
d’après la mère. « Ah, mes fils ! Ne sont-il pas beau et forts ? Dignes représentants de ma personne, vraiment. J’ai le sentiment qu’ils feront de grandes choses plus tard. » ▬
d’après le père. « J'adore avoir un frère. Je suis content de ne pas être né tout seul, parce que c'est nul d'être seul. Avec Cain, je me sens toujours accompagné et je suis heureux. » ▬
d’après Abel. April 2006
Fourteen Years Old.
« Nan mais sérieux, quand je relis ce que j’ai écris quelques années auparavant ça me fait peur. Déjà que j’aime pas les gamins, maintenant j’ai l’impression que j’étais particulièrement con à l’époque, c’est affligeant. J’écrivais même avec cette expression débile de "Cher Journal". Je me fais peur, vraiment. J’ai dû arracher quelques pages, que j’ai soigneusement brûlé, je n’ai laissé que la première, en souvenir, peut-être. Je sais même pas pourquoi j’écris de nouveau dans ce truc. Avoir un journal intime fait tellement minette. Je viens de retrouver le carnet en fait, au fond d’un placard, à l’abri des regards. Tellement bien caché qu’il m’a fallu trois ans pour le retrouver. Mais quand j’y pense, il n’y a pas grand chose qui a vraiment changé. Mon père est toujours aussi absent, ma mère toujours aussi souriante et je m’entends encore très bien avec mon frère. Quoiqu’en ce moment, il devient beaucoup trop sérieux, toujours à vouloir travailler, ce qui est assez chiant en fait. Il gagne en maturité. Pfff... »
Interlude II
The Begining of the End.
Je me rappelle de ce jour comme si c'était hier. Un souvenir marqué au fer rouge dans ma mémoire. Croyez-moi quand je vous dis que j'aurais tellement préféré oublier. Jusque là, je vous ai déjà dit que mon frère et moi étions liés comme deux doigts d'une main, envers et contre tous. Cela aurait pu encore durer bien longtemps si Abel n'avait pas décidé de tout gâcher. Je ne sais pas si j'ai mentionné, mais mes parents étaient de fervents catholiques. Mais au vu des prénoms de leurs enfants, vous l'aviez peut-être déjà deviné. Nous avions eu droit aux baptêmes, au catéchisme, à la messe tous les dimanche matin. Tant et si bien que je fus lentement et sûrement dégoûté de cette religion. Mais là encore, c'est une autre histoire. Nous avions donc été inculqués avec ces valeurs chrétiennes. Souvenez-vous de ce détail, c'est important pour la suite. Bref, c’était un jour d’été, un de ceux à la température particulièrement agréable où soleil brillait haut et fort dans un ciel magnifiquement bleu, chose plutôt rare dans mon Angleterre natale. Il fallait donc en profiter avant que la pluie et la grisaille habituelle ne reviennent, aussi allais-je chercher mon partenaire de crime, mon frère. D’instinct, je devinai qu’il devait être à la bibliothèque, parce que Monsieur est un bon élève sérieux. J’entrais donc dans l’imposante pièce aux immenses étagères remplies de livres. La bibliothécaire me jeta un sale œil depuis son bureau, que j’ignorais totalement, je me mis à parcourir les longs rayons déserts, parce que tout le monde devait profiter de la radieuse météo au lieu d’avoir le nez plongé dans des bouquins poussiéreux. J’avais bientôt parcouru tout l’endroit quand je me demandais s’il n’était peut-être pas déjà sorti, quand je tombais sur un couple en train de s’embrasser un peu plus loin. J’allais rebrousser mon chemin pour leur laisser un semblant d’intimité, quand je m’aperçu que c’étaient deux jeunes hommes et surtout que cette chevelure et ces vêtements m’étaient bien trop familier. Je m’approchais encore un peu, ils s’embrassaient toujours à pleine bouche comme si rien n’existait autour d’eux, des gestes fébriles, des mains qui se glissaient sous les vêtements, dans les cheveux. C’était lui. C’était mon frère.
« Ab...? » J’aurais voulu l’appeler, mais ma voix mourut dans ma gorge, les lèvres de mon jumeau venaient de descendre sur son cou, me dévoilant aux yeux de son "ami". Il s’appelait Dawn, je ne le connaissais pas plus que ça, mais ma mémoire phénoménale me permettait de mettre un nom sur ce visage où venait se dessiner un sourire malsain. Je déglutis, comme tétanisé sur place, Dawn chuchota quelque chose à l’oreille d’Abel qui se retourna vivement, lorsqu’il me vit, son visage sembla se décomposer. C’est à ce moment-là que je repris enfin le contrôle de mes jambes, faisant volte-face, je me mis à courir, décidé à m’enfuir le plus loin possible, ignorant de nouveau la bibliothécaire revêche qui me hurla dessus lorsque je sortis en trombe, mon frère à mes trousses. J’arrivai très vite dehors disparaissant au détour d’un bâtiment.
« Cain ! » cria-t-il. Je ralentis un peu la course et il m’attrapa par le bras, que je dégageais immédiatement.
« Ne me touche pas, sale pédale ! » lui dis-je avec tout le mépris dont j’étais capable. Il parut baisser légèrement la tête, comme blessé. Mais j’en avais rien à foutre, je prenais cela comme une trahison, un couteau enfoncé dans mon dos. Il ne chercha pas à se justifier, il savait autant que moi que cela ne servirait aucunement.
« Ne leur dis pas... » murmura-t-il finalement. Je savais qu’il parlait de nos parents, qui seraient déçus et fâchés que leur fils soit un déviant sexuel, homophobes qu’ils étaient. Je ne dis rien, partant de nouveau, cette fois-ci, il ne me suivit pas.
June 2008
Sixteen Years Old.
« J’ai l’impression que ça empire. Ces images qui me tourmentent. Elles s’insinuent en moi, comme un poison qui s’injecterait dans mes veines, sournois et doucereux, m’entrainant toujours plus bas, au fond du gouffre. Et je tente toujours désespérément de lutter, à ma façon. Alors je l’évite, du mieux que je peux, détournant le regard s’il croise par hasard mon chemin, aucun mot, aucune paroles, pas même le strict minimum. Cela parut se calmer pendant un moment, puis je dû me débarrasser des miroirs. Je cherchais à me différencier de lui, aussi bien physiquement que mentalement. Je m’étais laissé pousser les cheveux qui descendaient maintenant sur ma nuque en jolies boucles blondes. J’ai changé de garde-robe, moins classe, plus négligé. Ma mère me répétait d’ailleurs que je ressemblais à un gosse des banlieues mal famées. Et alors, elles vinrent me hanter jusque dans mon sommeil. Cauchemar récurrent. Je manquais de sommeil, des cernes violacés me soulignait les yeux, aussi bien qu’un trait d’eyeliner sur une gothique. Alors je bois. Beaucoup. Je fume. Trop. Je traîne devant mes écrans. Souvent. J’en avais marre. Marre de devoir revivre ce moment encore et encore. Marre de voir mon frère dans ses bras. Marre de les voir aller toujours plus loin sous mes yeux. Marre d’être un témoin impuissant. Marre d’essayer d’effacer tout ça dans les bras d’inconnues que je jette au matin. Marre de ma mère qui me demande ce qu’il ne va pas avec lui. Marre de ne pas pouvoir lui dire la vérité, même si c’est jouissif de le voir angoisser à l’idée que je puisse désamorcer une bombe pareil à n’importe quel moment. »
Interlude III
What others thinks of him. Part Two.
« Résultats très mitigés. Excelle en langues étrangères et en maths, mais frise la nullité absolue dans tout le reste où il fait preuve d’un absentéisme zélé. Comportement froid, attitude parfois insolente. » ▬
Appréciation globale du bulletin. « Depuis quelques années, enfin depuis qu’il ne s’entend plus avec son frère, il semble avoir radicalement changé, ne s’exprimant qu’uniquement en commentaires acerbes, remplis de sarcasmes, visant et réussissant le plus souvent à te rabaisser, quand tu le cherches. » ▬
d’après un camarade. « Cain, ce n’est qu’un connard. Il prétend vous aimer pour vous mettre dans son lit et mieux vous jeter au petit matin. Je ne comprends pas pourquoi, les autres filles se laissent faire même après être prévenues, bon d’accord il a une belle gueule, elles doivent s’imaginer pouvoir le changer. » ▬
d’après une camarade. « Cain m’inquiète de plus en plus, je ne comprends pas pourquoi il refuse de parler avec son frère, ils s’entendaient pourtant si bien avant... J’aimerais qu’il laisse Jésus l’aider, mais il s’obstine à ne plus vouloir venir aux messes. » ▬
d’après la mère. « Ah mes fils sont toujours aussi beaux et classe, ils doivent faire tourner bien des têtes. Quoique, je pense qu’une coupe de cheveux plus courte siérait mieux à Cain. » ▬
d’après le père. « Il m'ignore, je l'ignore aussi. C'est blasant, en fait. Tant qu'il se la ferme et ne dise rien à Père et Mère, je m'en fiche. » ▬
d’après Abel. August 2009
Seventeen Years Old.
« Je suis reçu à l’examen final du lycée, mention assez bien. Finalement, j’ai réussi à conserver mon année d’avance, sans vraiment bosser. Flemme quoi. J’avais besoin d’argent, répugnant à demander à mes parents et de m’abaisser à faire des petits boulots, par une suite de circonstances je m’étais retrouvé à refourguer de la drogue aux autres jeunes. Ça payait bien, pis y’avait le risque en prime. J’trouvais ça drôle de voir tous ces junkies en manque de leur doses, presque fébriles devant moi. On profite de sa jeunesse comme on peut, hein. Hier, m’est arrivé un truc assez zarb’, j’étais chez une fille un peu plus vieille que moi. Le matin quand j’ai voulu aller me doucher, jsuis tombé nez-à-nez avec son coloc’ qui sortait de la douche totalement nu, j’allais refermer la porte et partir quand il m’a fait un clin d’œil me priant d’utiliser la douche, qu’il avait fini. J’voulais pas le reluquer, c’était accidentel. Il était vraiment bien fait. Mais bon, j’suis pas un déviant sexuel, moi, je ne suis pas mon frère. J’aurais peut-être dû lui dire, d’ailleurs. Surtout quand je me suis aperçu qu’il m’avait vu me ôter mes vêtements depuis le miroir, quand il était en train de se rhabiller. C’pas comme si je le reverrais un jour... »
Interlude IV
That really awkward moment when...
J’empochai les billets qu’il me tendit, m’éclipsant discrètement. On n’est jamais trop prudent avec ça. J’avais épuisé le stock du jour, ne jamais en prendre trop d’un seul coup, à moins d’être suicidaire. Et je ne l’étais pas. J’étais donc sur le chemin de l’imposante maison qu’était la nôtre.
« Abel ! Te voilà ! » cria quelqu’un au devant. C’était Dawn. Il devait me confondre avec mon frère, moi qui croyais ne plus vraiment lui ressembler, c’était visiblement raté. À la manière dont il titubait, je supposais qu’il était bourré, hypothèse confirmée par l’odeur qu’il dégageait.
« Ah Abel, je te cherchais ! » Je soupirai, me préparant à passer mon chemin, lorsque qu’il se jeta avec force sur moi, me plaquant sur le mur, pour écraser sa bouche sur la mienne. Sous la surprise, j’ouvris la bouche et ce con profita pour fourrer sa langue, il se mit même à me tripoter les hanches. Bien que je le repoussais, il ne semblait pas le remarquer.
« Allez viens, on va chez moi. » dit-il, m’entraînant par le bras de force.
« Lâches-moi, putain. Je suis Cain ! Merde. » protestai-je. Je ne sais même pas pourquoi je finis par coucher avec lui. J’suis vraiment con parfois. À croire que l’autre m’avait contaminé. Quelle horreur. Je me dégoûte... Je m’étais réveillé un peu plus tôt, pour pouvoir partir. Juste au moment où je pensais que ça ne pouvait pas être pire, j’entendis un personne entrer dans l’appart’. Par réflexe, j’attrapais mon caleçon que j’enfilais à la hâte avant que la porte de la chambre ne s’ouvre.
« Dawn... Cain, qu'est-ce que tu fous là ? » murmura la personne que j’évitais depuis quelques années.
« Bordel de merde... » marmonnai-je. Une excuse. Vite.
« C'pas ce que tu crois, hein ? Dawn m’a retrouvé bourré et m’a ramené chez lui, il est vraiment gentil ton copain... » Franchement, c’était presque plausible, ce que je disais. Sauf qu’Abel n’était pas mon jumeau pour rien et c’était dure de mentir à quelqu’un qui était avec vous avant même votre naissance.
« C'est ça ouais. J'arrive pas à croire du jeu que tu fais depuis ce temps, alors que... » commença-t-il.
« Putain, tu fais chier, on a rien fait je te dis. J'suis pas gay, merde ! » le coupai-je, j’avais encore le mince espoir qu’il me croit. C’est ce moment là que choisi l’autre attardé pour émerger de son sommeil
« Oh ouais, t'étais génial hier soir. » dit-il joyeusement. Je crois qu’il était encore bourré d’hier soir. Sinon il n’aurait pas dit ça. Après tout, Abel était son copain, non, il avait tout intérêt à partir avec mon histoire.
« Ferme la Cain. J'en ai marre de tes histoires à la con. Assume toi un peu, merde ! Et toi Dawn, tu peux dire adieu à tes couilles, parce que la prochaine fois que je croise je te castre ! » dit-il, d’un air énervé.
« Nan mais il veut dire que je suis génial quand je suis bourré, parce que... parce que je suis amusant, voilà c'est ça. Et je ne suis pas gay, je n'aime que les filles, j'aime les gros seins, voilà. » Putain, nan mais là, niveau crédibilité, je frisais le zéro.
« C'est ça mon chou, ne dis pas que tu n’as pas aimé quand tu gémissais hier à chaque fois que... » voulut commencer l’autre. Facepalm.
« Putain mais ta gueule toi, arrête de lui balancer des conneries. Pis j'me casse moi. » grognai-je, ramassant le reste de mes vêtements.
« C'est ça, casse toi. Je m'en vais aussi de toute façon. » ajouta mon frère. Je rentrais le plus rapidement possible chez nous, m’enfermant dans ma chambre, commençant à faire mes valises. Cela faisait un moment que j’y songeais de tout façon. Partir. Mais pour aller où ?
October 2010
Eighteen Years Old.
« Cela va faire plus d'un an que je n'ai plus écrit et plus d'un an que je suis parti. Je savais qu'après ce qui c'était passé, je n'arriverai probablement plus à regarder Abel en face. Il me fallait un nouveau départ, je pense. Alors ce jour là, j'avais fait mes valises, j'ai "emprunté" un peu (beaucoup) d'argent sut le compte bancaire de mes parents, dont le mot de passe consistait simplement la date de naissance de leur fils. Puis, j'avais regardé les vols internationaux qui partaient dans la journée : Paris - Pékin - Berlin - Tokyo - New York - Amsterdam - Madrid - Le Caire - Rome - Zagreb... Tant d'endroits, tant de villes... Je finis par fermer les yeux et en pointer une au hasard. Zagreb, la Croatie. Assez loin pour ne pas que l'on m'y retrouve mais pas trop non plus par rapport au prix du billet. Je n'eus pas trop de mal à réserver une place et à partir pour l'aéroport. J’ai attendu que tout toute la famille soit sortie. J’achetais un bouquin sur le croate que j’avais bien l’intention d’apprendre dans une boutique à l’aéroport. J’avais même laissé un mot sur la table du salon : Adieu, Bitches. »
Interlude V
What others thinks of him. Part Three
« Il semble avoir une capacité extraordinaire d’assimiler de nouveau sons et vocabulaire. La vitesse à laquelle il a commencé à parler croate était vraiment étonnante. » ▬
note un professeur d’université croate. « Je ne le connais pas vraiment, c’est juste celui qui me fournit... Ahem, fin vous voyez ? Il est pas vraiment du genre bavard et vous regarde toujours avec un air supérieur assez énervant, mais bon je ne peux rien lui faire... » ▬
d’après un client. « Je pense que je peux être considéré comme ce qu’il se rapproche le plus d’un "ami" pour Cain. On s’est rencontré sur Internet puis IRL, une fois qu’il a commencé à me faire plus ou moins confiance. On voit qu’il n’est vraiment pas habitué à avoir ce genre de relation. Mais il me semble qu’avec moi, il devient moins froid, parfois même un peu taquin et drôle. » ▬
d’après un "ami". « Je ne sais pas où il est. Ça fait déjà un moment qu’il est parti. Il ne nous a même pas dit au revoir. J’aimerais tellement qu’il appelle juste pour que je puisse savoir qu’il va bien. » ▬
d’après la mère. « Je suis sûr qu’il reviendra bientôt. » ▬
d’après le père. « Franchement, ça m’étonne à peine qu’il se soit enfui comme ça. J’ai toujours su que ce n’était qu’un lâche. Et c’est tant mieux, j’espère que je ne le reverrais jamais. » ▬
d’après Abel. December 2011
Nineteen Years Old.
« Je crois que ce journal s’est épuisé, telle une plante flétrie. On dit toujours que toute bonne chose a une fin. Je pense y être arrivé. Cette petite merveille aura bien fait son temps. Mais, pour terminer sur une note plus ou moins joyeuse pour vous, lecteur abruti aux
happy ending des comédies hollywoodiennes, sachez que je me porte bien. J’ai eu le temps de m’installer dans ce nouveau pays, en apprendre la langue, et reprendre mes habitudes plus ou moins légales. Haha. Je me suis même remis à mes études. Comme quoi rien n’est perdu. Je me souviens de mon premier jour ici, où tout me semblait tellement nouveau, où je me sentais tellement libre. Là où personne ne me connaissait, loin de ma famille, un inconnu parmi tant d’autres. J’ai surmonté ma haine envers les coiffeurs ce jour-là. Parce que je ne ressentais plus le besoin de devoir me différencier de lui. Je pouvais de nouveau être celui que je voulais sans que personne ne nous confonde. Parce qu’ici, à Zagreb, je ne suis qu’un pauvre orphelin. Parce que lui, lui ne viendra pas jusqu’ici, n’est-ce pas ? »
Interlude VI
Fuck the world.
Je me rendais compte que ces derniers temps, il me semblait observer une routine. Comme beaucoup d’adultes de nos jours. Parce qu’au fond, les routines sont tellement rassurantes, sans imprévus fâcheux. Mais c’était chiant. J’ouvris les yeux, sur mon plafond blanc. Je m’étirai tout en baillant. Je savais que je ne me lèverais pas avant une bonne dizaine de minutes de toute façon. J’adorais trop traîner dans mon lit pour ça. Je tournais la tête vers la silhouette à côté, soupirant. Je posai enfin les pieds sur le sol, m’habillant puis contournant le lit, je vins me poster devant l’inconnu, j’ouvris les rideaux en grand laissant les rayons du soleil s’infiltrer d’un seul coup dans la chambre.
« Good Morning, Sunshine ! » ricanai-je, alors que l’autre se mit à grogner.
« Allez, bouges-toi, j’ai des trucs à faire, donc tu vas devoir dégager, dans ma grande bonté, je te laisse même prendre une douche, mais dépêches-toi, j’ai besoin de la salle de bains après. » poursuivai-je. Il se leva avec difficulté, me jetant un sale œil
« Tu les traites toujours comme ça, tes amants ? » demanda-t-il. Je soupirais de nouveau, me préparant à lui livrer le discours habituel
« C’pas parce qu’on a baiser une fois que j’vais subitement m’attacher à toi. De toute façon, j’étais bourré hier et je ne suis même pas gay. » Ce n’étais pas vrai, mais on s’en fiche. Il paru dubitatif, mais avant qu’il ne puisse dire quelque chose, je m’étais déjà retiré dans la pièce adjacente contenant mon ordinateur, fermant la porte à clé derrière moi. Un peu plus tard, il toqua à la porte
« Je te laisse mon numéro, appelles-moi un jour. » dit-il.
« Ouais, ouais. » répondis-je, las. Je n’allais pas le faire. J’attendis le cliquetis caractéristique de la porte qui se ferme avant de ressortir, j’avais cours aujourd’hui. Eh ouais, c’était ça la routine.